Syrie : Daech a totalement perdu Raqqa

Les dernières poches de la ville de l’est syrien sont tombées ce mardi matin aux mains des combattants arabo-kurdes, appuyés par les États-Unis.

L’ex-«capitale» syrienne de l’État islamique (EI) est tombée totalement mardi matin aux mains de forces arabo-kurdes (FDS) soutenues par les États-Unis. «Les opérations militaires à Raqqa ont pris fin», a indiqué à l’AFP Talal Selo, un porte-parole des FDS.

Des opérations de ratissage pour éliminer des cellules dormantes sont cependant encore en cours. Mardi, les FDS ont conquis les deux dernières positions de Daech: l’hôpital et le stade municipal de Raqqa, dans lesquels étaient retranchées plusieurs dizaines de djihadistes. Ces derniers jours, on estimait entre 200 et 300 le nombre de djihadistes encore à Raqqa, parmi lesquels quelques Français.

Lundi soir, les FDS avaient repris le tristement célèbre rond-point d’Al-Naïm, où l’EI menait ses exécutions, qui avait été abandonné depuis deux semaines par Daech, mais était resté complètement miné.

Que sont devenus les derniers djihadistes étrangers? Tués pour certains. Peut-être en fuite pour d’autres. Ces derniers jours, en vertu d’un accord négocié par des responsables locaux et des représentants des tribus, les derniers civils pris au piège ont pu être évacués et les djihadistes syriens – quelque 275 – ont été autorisés à rejoindre d’autres régions plus à l’est, toujours aux mains de l’EI.

La bataille de Raqqa avait été lancée le 6 juin par les FDS, appuyées par la coalition internationale anti-Daech, conduite par les États-Unis. Elle a causé la mort de 3250 personnes, dont 1130 civils. L’aviation américaine a été accusée par des ONG et l’ONU d’avoir provoqué la mort de nombreux civils au cours des bombardements.

L’administration de la ville ne sera pas aisée

Raqqa a été la première grande ville syrienne à passer au début de l’année 2014 sous le contrôle des djihadistes de Daech. De nombreuses atrocités y ont été commises: décapitations, exécutions massives, viols et rapts. C’est de Raqqa qu’ont été commandités certains des attentats qui ont ensanglanté la France et la Belgique depuis deux ans. Sa chute était devenue un enjeu de sécurité nationale pour Paris. La France ne voulait pas voir des djihadistes français sortir vivants et libres de Raqqa.

Raqqa est une ville arabe. Son administration par la coalition arabo-kurde ne sera pas aisée. Les Kurdes ne peuvent pas y imposer leur domination, comme ils le font dans le reste du nord syrien, administré par le PYD, l’antenne locale du PPK, (le parti des travailleurs kurdes), considéré par une organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne. Quant au régime syrien qui avance plus à l’est dans sa guerre contre Daech, il n’a pas renoncé à y rejouer un rôle, via notamment des tribus locales, aisément «retournables» quand leurs intérêts sont en jeu.

C’est une nouvelle défaite pour Daech, après celles de Mossoul, Tall Afar en Hawija en Irak, ainsi plus récemment à Al-Mayadine en Syrie, qui avait supplanté Raqqa, ces derniers mois, comme «capitale» de l’EI.

Des djihadistes de Raqqa ont probablement fui à Der Ezzor ou Al Boukamal, les deux dernières poches contrôlées par Daech en Syrie. Mais à Der Ezzor, les forces syriennes, appuyées par l’aviation russe, et au sol, le Hezbollah chiite libanais, avancent dans la ville. Au grand dam des FDS, qui vont chercher maintenant à prendre leur part dans la bataille pour libérer Der Ezzor.

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